Gauthier Descloux: jouer à Fribourg était beaucoup d'émotion
À 29 ans, l'ex-gardien d'origine fribourgeoise de Genève-Servette a annoncé lundi prendre sa retraite, après treize ans passés chez les Grenats.

Radio Fribourg: Après 268 matchs au plus haut niveau, vous avez officialisé votre retraite sportive ce lundi sur le plateau des Puckalistes (La Télé). Deux jours plus tard, comment est-ce au niveau émotionnel? Soulagement, émotion ou déjà un petit vide?
Gauthier Descloux: Un petit peu de tout, je pense. Ce n’était pas facile de dire que c’était terminé, je n’avais pas trop de mots pour imager la chose. Après, ça fait un petit moment que ça se profile et je suis en pleine préparation. Je suis excité pour les prochains épisodes.
Qu’est-ce qui vous a fait arrêter? Vous aviez remporté le championnat suisse et la Champions Hockey League avec Servette. Était-ce difficile de retrouver un club?
Pour moi, dès le moment où j’ai quitté Genève, il était assez clair que, vu ce que j’avais vécu, j’étais prêt à reprendre. Mais je voulais trouver rapidement et pas trop loin de la maison, maintenant qu’on est à Aire-la-Ville (GE) avec ma femme et ma fille. Il y a eu une petite touchette à Berne qui n’a rien donné. Il y en a eu une autre à Sierre qui n’a rien donné non plus. Et là, je suis rentré de vacances et j’ai tout de suite voulu me profiler sur quelque chose d’autre.
Votre dernier match, c’était en septembre 2024, en Champions Hockey League face à Storhamar, des Norvégiens. Vous ne saviez pas à ce moment-là que c’était le dernier de votre carrière ?
Non. Cela s'est suivi d’une dépression et je pense que l’état était déjà assez avancé à ce stade-là. Pendant le match et surtout après le match. Je ne savais pas que c’était mon dernier. J’en aurais sûrement profité plus.
Après cela, j’ai été gentiment invité par les fans de Genève pour pouvoir dire au revoir. Ça m’a fait très plaisir, même si je sais qu’il y a des fois des petites bisbilles avec les Fribourgeois. Je ne regrette pas trop comment ça s’est terminé. C’est comme ça, il faut vivre avec.
Le hockey, c’est définitivement terminé pour vous. En plus de votre famille, vous avez un autre projet professionnel aujourd'hui.
Oui, avec un ami à moi, on développe un accompagnement des athlètes sur le mental. C’est une prestation à 360 degrés. Moi, je suis en études de coach avec mon vécu de hockeyeur. Mon ami est lui psychologue clinicien, afin d’apporter un cadre encore plus profond, encore plus crédible à la séance.
En tant que joueur professionnel, il y a des hauts, des bas. Je pense qu’il y a beaucoup d’outils qui peuvent être mis en place rapidement. Il y a aussi le trauma, qui est traité directement par le psychologue. Quand on peut ajouter les deux, on a une séance à deux vitesses: en profondeur mais aussi en surface, qui donne accès à des ressources dont on n’a pas forcément conscience d'avoir.
Les hockeyeurs suisses ont besoin de coaching mental?
Je pense que tous les athlètes peuvent travailler sur la tête. On travaille sur tous les muscles, on travaille sur la stratégie. Travailler sur la tête, qui est la chose qui fait la différence au plus haut niveau: moi, je l’ai fait, je sais que beaucoup d’athlètes le font, donc ça faisait sens pour moi de transitionner là-dedans.
Pour évoquer vos racines fribourgeoises, vous êtes de Mannens, près de Montagny. Vous gardez quelque chose de cette région?
J’en garde énormément. C’est toute mon enfance: la cabane dans la forêt, les matchs de foot à l’école sur le gravier, les bagarres avec les pommes pourries en hiver… C’est tellement de choses incroyables qui ne me quitteront jamais.
J'y retourne environ deux fois par mois. Mes parents y habitent encore. Je rénove une maison à Nuvilly, dans le canton de Fribourg. C'était celle de mon grand-père, je la lui ai racheté. Cela me permet de me reconnecter à mon côté fribourgeois et la petite adore passer du temps là-bas.
Un côté fribourgeois qui ne vous a jamais amené à porter le maillot des Dragons?
Je n'aurais jamais quitté Genève pour jouer à Fribourg. Je suis Servettien et je suis le Genève-Servette comme mon équipe fanion. Mais Fribourg-Gottéron a vraiment une place particulière dans mon coeur. C'est vrai que si, à la fin de mon épisode à Genève, j'avais pu aller à Fribourg, je l'aurais fait.
Vous avez dit sur le plateau des Puckalistes que Fribourg était l'équipe qui vous faisait le plus peur. Pourquoi?
C'est une phrase qui fait beaucoup réagir. C’est parce qu’il y a tellement d’émotions pour moi quand j’arrive à la patinoire à Fribourg. Beaucoup de choses que j’ai dû apprendre à gérer, notamment les odeurs, les visuels. Ça me rappelle toute mon enfance, plein de souvenirs avec mon papa, mon oncle qui jouait. Ça me tenait à cœur de faire mes meilleurs matchs, toujours à Fribourg.
Un mot sur un autre futur retraité, Julien Sprunger. Comme joueur de Genève-Servette, vous l'avez apprécié?
Oui, Saint Julien Sprunger! Je propose déjà qu’on l’élève au titre de saint à la place de Saint-Nicolas. Ma petite anecdote: en play-off 2021, ma meilleure saison sur le plan personnel, je me blesse en quart de finale contre Fribourg. Et en play-off, tu ne parles pas à l’équipe adverse. Malgré ça, je me rappelle qu’il est venu depuis le milieu de la glace pour m’accompagner presque jusqu’à l’infirmerie en me disant que ça va aller, qu’il est vraiment désolé pour moi. Je m’en rappelle comme si c’était hier. Ça m’avait fait vraiment beaucoup de bien. C’est une très belle personne à qui je ne souhaite que le meilleur.
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