@Fristalgia, le Fribourg d'avant vu comme dans un rêve

Sur Instagram, un Fribourgeois fait revivre les centres commerciaux et autres restaurants des années 1990-2000. Un projet nourri de nostalgie et d’esthétique internet.

Espace Junior, un lieu qui a fait rêver beaucoup d'enfants fribourgeois. © DR

Il ne veut pas dévoiler son nom*. Ce qui compte, dit-il, c'est le projet, pas lui. Derrière Fristalgia — mot-valise entre Fribourg et nostalgie — se cache un graphiste trentenaire qui publie depuis un an des images d'archives de la ville et sa région sur Instagram principalement, YouTube et Facebook.

Le Carrefour de Villars-sur-Glâne, le Pizza Planet à Beaumont, l'Espace Junior à Forum Fribourg... "Je veux faire revivre des souvenirs et des émotions à travers des lieux que beaucoup de Fribourgeois pensaient avoir oubliés", explique-t-il.

Cette nostalgie est d’abord personnelle. Né à Fribourg, où il a toujours vécu, le créateur de Fristalgia dit chercher à renouer avec une époque où ces lieux étaient encore vivants. "C'était joyeux." En retour, les images réveillent chez d’autres des souvenirs enfouis. "Des gens m'ont écrit que c'était génial, que ça leur apportait des frissons."

L'esthétique du vide

Ce qui frappe dans les images, c'est l'absence de personnes. Couloirs vides, parkings silencieux, intérieurs déserts. Ce n'est pas un hasard. "Je voulais mettre l'accent sur les lieux pour que les gens se réapproprient l'endroit dans leurs souvenirs et mettre en valeur l'architecture."

Cette esthétique du vide s'inscrit dans une esthétique bien identifiée: les espaces liminaires, ces espaces de passage — couloirs d'hôtel, piscines hors saison, salles d'attente — qui dégagent une atmosphère à la fois familière et étrange. "Je m'inspire des backrooms (NDLR: univers internet fictif et anxiogène mettant en scène des lieux vides, labyrinthiques et hors du temps). C'est un univers que j'aime beaucoup et j'ai voulu en faire une version fribourgeoise."

Il retouche parfois les images pour effacer une silhouette ou rehausser légèrement la qualité, sans jamais gommer leur grain d'origine. "Ça donne cette authenticité."

Des archives de famille aux vieux sites internet

Pour trouver ses archives, il fouille partout : des sites qui conservent d'anciennes pages web, où des photos intactes depuis vingt ans attendent d'être découvertes, mais aussi des enregistrements vidéos faits par son père, grand amateur de caméscope dans les années 90, conservés dans des DVD. Retracer l'origine de ces images relève parfois de l'enquête: certaines proviennent de sites aujourd'hui disparus, sans signature identifiable. Lorsqu'il retrouve un auteur, il demande systématiquement son accord avant de publier.

Écrire pour faire ressentir

Le jeune graphiste prend aussi le temps d'accoler à chaque image un texte court, écrit à la deuxième personne. Une mise en situation en phase avec la tendance POV du moment sur les réseaux sociaux (pour "point of view ", point de vue en français). "Je décris le lieu avec des actions précises et une date exacte ou estimée pour que les gens se disent: ah oui, il y avait ça."

Le projet reste non lucratif. Seuls quelques T-shirts imprimés pour le premier anniversaire ont été commercialisés, malgré le temps consacré au projet. "Des fois, ça peut me prendre toute une journée." Pour la suite, il rêve d'une exposition immersive où les images seraient projetées. Et il encourage d'autres à faire la même chose ailleurs : "S'il y a des gens motivés sur Lausanne, Genève ou autre, ce serait génial d'élargir ce concept."

Ses obsessions du moment? "On m'a demandé de retrouver des photos du tea-room Bertherin de la rue de Lausanne", confie-t-il. "Je cherche aussi des images du Jumbo de Villars-sous-Glâne." Chers lecteurs, si des cartons de vieilles photos traînent encore dans vos caves, le moment est peut-être venu de les rouvrir.

*nom connu de la rédaction

Frapp - Alexia Nichele
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