La hausse des primes ne se reflète pas sur le terrain

Fribourg fait maison s'intéressait ce jeudi à la hausse des primes d'assurance maladie avec deux invités d'exception.

Les primes d'assurance maladie vont augmenter d'environ 5% en 2027.

Ce mardi, la conseillère fédérale Elisabeth Baume-Schneider a annoncé une hausse moyenne des primes d'assurance maladie de 5%, à 412 francs par mois. Pour le canton de Fribourg, l'augmentation serait même de 5,2%. La multiplication des traitements, les progrès médicaux et le vieillissement de la population alimenteraient cette nouvelle flambée des prix.

Fribourg Fait Maison s'intéressait donc ce jeudi à cette hausse des primes, avec le directeur de l'Institut de médecine de famille Pierre-Yves Rodondi et le vice-président de la Fédération Suisse des Patients, Simon Zurich.

La Télé/RadioFr.: Où va cet argent? Le système est-il vraiment 5% meilleur chaque année?

Pierre-Yves Rodondi: Honnêtement, je n'ai pas vraiment cette impression. On paie des montants supplémentaires sans forcément voir d'amélioration dans notre vie quotidienne. Les coûts augmentent de manière très importante par rapport aux bénéfices réels sur la population. Et ça, c'est très inquiétant.

Avez-vous des exemples concrets dans votre cabinet?

Oui. Prenez le traitement d'un manque de fer. Avant, on prescrivait des comprimés à environ 30 francs. Aujourd'hui, on fait souvent une perfusion pour le même résultat: 300 francs. Le traitement est plus rapide, les gens veulent aller plus vite, mieux. Mais si vous multipliez cette différence par l'ensemble de la population, ça représente des coûts considérables.

Où peut-on trouver les plus grandes marges d'économie?

Simon Zurich: Plusieurs pistes. D'abord les équipements lourds: IRM ou scanners. On en a trop en Suisse, et particulièrement à Fribourg, où les IRM sont les moins utilisées du pays. Ça ne sert à rien, mais ça coûte très cher. Ensuite, les rabais pharmaceutiques. La loi prévoit qu'ils soient restitués aux assurés. Or, une étude récente du Contrôle fédéral des finances montre que ce n'est presque jamais le cas. On parle de plus de 700 millions de francs. C'est de l'argent volé aux assurés. Et puis, il y a les tarifs. On m'a soumis récemment une facture d'ophtalmologue pour un enfant: 10 minutes de consultation, 290 francs. Pour changer des lunettes. Est-ce que c'est décent? Pour moi, non.

Est-ce que les patients ont aussi une responsabilité? Peuvent-ils dire "non" à certains actes?

C'est extrêmement difficile. Comme patient, on n'a pas forcément les compétences pour remettre en cause la proposition d'un médecin. Et il faut rappeler que les Suisses vont déjà très peu chez le médecin, bien moins que dans d'autres pays européens, dont les systèmes de santé coûtent d'ailleurs moins cher que le nôtre. La surconsommation, c'est un mythe.

Certaines personnes renoncent aux soins, d'autres se font soigner à l'étranger. Ça vous choque?

Pierre-Yves Rodondi: Ça m'attriste. On paie très cher pour des soins auxquels on n'a finalement pas accès, parce qu'on n'a pas de quoi couvrir la franchise. Selon certaines études, jusqu'à 25% de la population renonce à des soins pourtant nécessaires pour des raisons financières. C'est une médecine à deux vitesses. Et c'est grave.

Ne faudrait-il pas former les médecins aux coûts de leur propre pratique?

Absolument. À l'Université de Fribourg, on essaie de le faire, mais pas assez. Les jeunes médecins ne sont pas suffisamment sensibilisés au coût de ce qu'ils prescrivent. L'idée n'est pas d'économiser au détriment du patient, mais de réaliser qu'un examen moins cher peut être tout aussi efficace. Et de pouvoir en discuter avec le patient.

Le canton de Fribourg en fait-il assez?

Simon Zurich: Non. Sur ces cinq dernières années, la prime maladie pour une famille avec deux enfants a augmenté de 4000 francs. Je ne sais pas combien de Fribourgeois ont vu leur salaire augmenter autant sur la même période. On a une proposition sur la table pour limiter les primes à 10% du revenu. Le Conseil d'État n'a rien fait depuis 2021. C'est de l'inaction.

La Télé / RadioFr. - Nathan Clément
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