Pourquoi des centaines de corvidés se posent à Bulle

Une vidéo montrant une nuée de centaines de corneilles et de corbeaux à Bulle fait du bruit sur les réseaux. Explications avec un ornithologue.

La population de corbeau freux a nettement progressé dans la région. © KEYSTONE

Dimanche soir, une scène digne d'un film s’est déroulée à Bulle. Des centaines d’oiseaux noirs tournoyant dans un ciel brumeux, survolant le clocher de l’église et se posant sur les toits. Filmé par un passant, le spectacle a fait un petit buzz sur Instagram.

L’impressionnante nuée a suscité émerveillement, mais aussi des interrogations en commentaire. "C’est vrai que c’est une scène qui marque les esprits, qui rappelle un peu "Les Oiseaux" d’Hitchcock", admet Jérôme Gremaud, biologiste et co-auteur du livre Les oiseaux nicheurs du canton de Fribourg et de la Broye vaudoise, publié par le Cercle ornithologique de Fribourg.

Il rappelle toutefois qu’il s’agit d’un phénomène bien connu. "À Bulle, depuis quelques années, d’importants dortoirs de corneilles noires et de corbeaux freux se forment en hiver." Ces deux espèces de corvidés, particulièrement intelligentes, convergent chaque soir vers la capitale gruérienne depuis la campagne alentour, parcourant parfois jusqu’à une dizaine de kilomètres au crépuscule pour se réunir. "Ils viennent pour des raisons de sécurité: en ville, ils sont à l’abri des prédateurs… et aussi des tirs", explique le biologiste.

Une population en augmentation

Il faut dire que les effectifs de ces oiseaux ont aussi nettement progressé dans la région depuis plusieurs décennies. Le corbeau freux, par exemple, ne nichait pratiquement pas dans le canton au début des années 2000. L’espèce a petit à petit colonisé une grande partie du territoire, y compris Bulle, où elle niche depuis environ 2015. La corneille noire a elle aussi connu une nette expansion, bien que sa population soit aujourd’hui plus stable.

"Ces deux espèces ont une grande capacité d’adaptation: ce sont des généralistes. Elles mangent de tout, nichent un peu partout et n’ont pas d’exigences écologiques élevées", développe Jérôme Gremaud. À l’inverse, les espèces spécialisées, comme l’Alouette des champs ou le Tarier des prés, voient leurs populations décliner.

Conflits et nuisances

Si le spectacle qui s’est déroulé à Bulle dimanche soir est fascinant, il peut aussi générer des nuisances: bruit, salissures sur les voitures et les trottoirs. En zone agricole, les corvidés s’attaquent aux semis, et les conflits avec les agriculteurs sont monnaie courante.

Des solutions existent, ajoute Jérôme Gremaud, mais ces oiseaux "très intelligents" savent rapidement les contourner. Les deux espèces ne sont pas protégées et peuvent être chassées, uniquement en dehors des périodes de nidification pour le corbeau freux, mais ces mesures n’ont pas de véritable impact sur leurs populations.

Frapp - Mattia Pillonel
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