Climat, transports, énergie: débat des partis fribourgeois

Sécheresse, transports, éoliennes ou nucléaire: à dix jours des élections cantonales, quatre représentants des partis fribourgeois ont débattu des enjeux climatiques au Comptoir gruérien.

Léo Sapia (VERT·E·S), Yvan Thévoz (UDF), Damiano Lepori (Le Centre) et Daniel Savary (Vert’libéraux) ont débattu jeudi soir au Comptoir gruérien sur la question du personnel de l'État. © La Télé

RadioFr./La Télé: Cet été, la sécheresse et la canicule ont frappé durement les agriculteurs. Le canton doit-il mieux les soutenir, Léo Sapia?

Léo Sapia (VERT·E·S): Oui, évidemment. En anticipant les impacts futurs du réchauffement climatique et en accompagnant la transition vers des modes de production plus résilients face à la chaleur et à la sécheresse. Lutter contre le changement climatique en réduisant les émissions, c'est aussi protéger l'agriculture.

Est-ce qu'on n'arrive pas trop tard?

Il n'est jamais trop tard. Plus on s'y prend tard, plus on perd du terrain et plus il y aura des victimes: très souvent des personnes individuelles, des agricultrices, des agriculteurs. Mais tout ce qu'on peut faire est bon à prendre.

Yvan Thévoz, le canton fait-il assez pour ses paysans?

Yvan Thévoz (UDF): Le canton aide ses agriculteurs, oui. Mais j'aimerais nuancer: 2026 a été difficile, c'est une évidence. Mais on oublie vite qu'en 2021, il faisait à peine 10 degrés en juillet et il pleuvait sans arrêt. Je demande que l'aide soit ciblée, pour les alpages qui manquent d'eau, pour les projets d'irrigation en plaine. Les agriculteurs ne sont pas des entrepreneurs de seconde zone, on est des entrepreneurs. Cet été, sous pression, beaucoup ressentaient même une certaine gêne à voir des politiques réclamer sans cesse des aides pour eux.

Damiano Lepori, faut-il aider pour les pertes ou pour investir dans la transition?

Damiano Lepori (Le Centre): Les deux, manifestement. Mais je veux insister sur un point: ces agriculteurs ont envie d'être des entrepreneurs respectés, pas des assistés. Je suis un peu étonné qu'on entende la gauche se présenter comme leur grand défenseur, alors que ces dernières années, son seul apport a été d'ajouter des normes qui les empêchent de produire suffisamment. La souveraineté alimentaire est un bien public fondamental, et on ne s'en rapprochera pas en imposant toujours plus de contraintes.

Léo Sapia, vous répondez?

Je vous invite à consulter notre programme: nous défendons une agriculture productrice, locale et résiliente. Ça passe par une autre façon de travailler le sol. Un sol en bonne santé permet de mieux capter l'eau, d'éviter le ruissellement, de stocker le carbone et d'assurer la productivité à long terme de nos terres.

Daniel Savary, le nombre d'exploitations diminue chaque année. Avec le réchauffement climatique en plus, risque-t-on de ne plus avoir d'agriculture dans le canton?

Daniel Savary (Vert’libéraux): Oui, ça me fait peur. L'agriculture est la base d'une partie de notre économie, avec tout le secteur agroalimentaire derrière. Des années comme 2026 sont amenées à se répéter, tout comme des années très pluvieuses. Il faut élaborer une vraie stratégie cantonale sur 10, 20, 30 ans. On a les compétences - des écoles d'ingénieurs, des écoles agricoles - pour soutenir efficacement nos paysans.

Quelle serait votre priorité concrète?

Je suis architecte, pas agriculteur. Mais il y a assez de compétences dans ce canton. Ce qu'il faut, ce sont des tables rondes, des rencontres, des études. Mettre nos talents en commun pour ne pas perdre ce secteur.

Damiano Lepori, vous avez une priorité?

Je vais jeter un pavé dans la mare: pour aider les agriculteurs à être plus productifs, il faut assouplir certaines règles d'aménagement du territoire. Je sais que ce n'est pas populaire, mais c'est ce qui leur permettra d'être plus libres et pas sous la tutlele de l'état.

Pourtant, ce sont eux qui ont demandé une aide d'urgence cet été.

Je n'y suis pas opposé. Quand on a une politique de prix comme en Suisse, il est naturel de les soutenir dans les coups durs. Mais il faut aussi leur donner la liberté de travailler.

Les transports représentent près d'un tiers des émissions directes du canton. Yvan Thévoz, incitations, interdictions ou taxes: que faut-il faire?

Actuellement, il n'y a rien besoin de faire. Les prix du diesel et de l'essence sont tellement élevés que la transition se fait naturellement. Les gens se tournent vers l'électrique. Il faut laisser le marché fonctionner et que l'État montre l'exemple.

Mais comment diminuer concrètement ce tiers des émissions?

Avant de s'en prendre au citoyen fribourgeois qui vit en zone rurale et a besoin de sa voiture, attaquons-nous à des problèmes bien plus importants à l'échelle mondiale, comme la déforestation en Amazonie. On se préoccupe parfois de choses insignifiantes. 

Léo Sapia, "insignifiant", ça vous fait réagir?

Beaucoup. Laisser faire le marché, c'est exactement ce qui nous a mis dans la situation actuelle. On est prisonniers de notre dépendance au pétrole: dès qu'un pays totalitaire ferme le robinet, les prix explosent. Chaque année, 400 millions de francs quittent le canton pour alimenter des régimes souvent peu démocratiques. Il faut anticiper, sortir des fossiles, développer massivement les transports publics et la mobilité douce. Et oui, à un moment, il faudra aussi des mesures contraignantes.

Daniel Savary, comment on fait pour les gens qui ont besoin de leur voiture en dehors des centres?

On ne peut pas leur dire du jour au lendemain de passer à la mobilité douce. Il faut des solutions plurielles: le télétravail pour éliminer certains déplacements, l'électromobilité à développer, et des transports publics plus attractifs. J'ai d'ailleurs déposé une motion pour la gratuité ciblée: personnes à mobilité réduite, bénéficiaires de l'AVS et des prestations complémentaires. Dans les régions périphériques, ce sont souvent les horaires qui posent problème, pas le prix.

Les CFF annoncent une hausse de 4% en décembre 2026. Damiano Lepori, faut-il rendre les transports publics plus accessibles?

Il faut faire des choix. Les TPF ont lancé une nouvelle flotte de bus électriques, c'est bien. Mais pour éviter une explosion des coûts, il faudra peut-être accepter des compromis, comme passer d'une cadence de 7 à 8 minutes pour dégager des moyens sur d'autres lignes. Et pour décarboner les transports, il faut aussi des prix d'électricité plus bas, ce qui implique, soyons honnêtes, le nucléaire.

Pour ou contre la gratuité totale des transports?

Contre. Rien n'est gratuit: quelqu'un paie toujours. On peut rendre les transports plus abordables, mais pas en supprimant toute participation.

Léo Sapia?

J'ai commencé mon engagement politique en récoltant des signatures pour la gratuité des transports publics, une initiative qui n'a pas abouti pour des raisons constitutionnelles. On continue d'agir de manière sectorielle, pour les personnes qui en ont le plus besoin.

Yvan Thévoz: Rien n'est gratuit, on est d'accord. Et aujourd'hui, les trains sont déjà pleins. Il faut une vraie mixité de mobilité.

Daniel Savary?

Les TPF affichent 80 millions de déficit annuel, déjà financé par l'impôt. Avant de parler de gratuité, il faut se demander combien on est prêts à mettre en plus.

Énergie: nucléaire ou éoliennes? Yvan Thévoz?

L'avenir n'est pas dans l'éolien. J'ai vécu une semaine près d'un parc éolien en France de façon dramatique. C'est une énergie qui a des conséquences réelles sur le paysage et les habitants. Pour moi, c'est non.

Léo Sapia, votre position sur les deux?

Toute forme d'énergie a un impact, c'est inévitable. Je suis pour les éoliennes en tenant compte de la biodiversité, du voisinage, des enjeux paysagers. Mais on ne peut pas faire la transition sans elles. Les Verts proposent aussi une initiative solaire qui demande l'installation systématique de panneaux sur toutes les toitures disponibles. Et je suis contre le nucléaire.

Damiano Lepori, éoliennes et nucléaire?

Pour le nucléaire. Pour les éoliennes, à partir du moment où l'autonomie communale est respectée et que c'est la population locale qui décide.

Daniel Savary?

Les éoliennes fonctionnent techniquement, mais dans le canton, les gens n'en veulent plus. Parce que la confiance a été brisée par une communication maladroite. Si les gens n'en veulent pas, il faut respecter ça et chercher d'autres solutions: pompage-turbinage, stockage, solaire thermique. Le nucléaire c'est un peu la solution de facilité, elle produit de l'énergie en continu. Mais je pense qu'on doit trouver d'autres solutions.

ATS / RadioFr. - Nathan Clément / Cloé Pichonnat / Loïc Schorderet
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