Préfet, spotter, étudiant: qui est Christoph Wieland?

Christoph Wieland prendra la tête de la police cantonale fribourgeoise dès le 1er janvier 2027. Quel visage aura le prochain commandant? Interview.

Christoph Wieland va bientôt défendre une thèse sur le droit policier suisse. © RadioFr.

Vous avez été choisi parmi 14 candidatures, 14 autres bons dossiers. Pourquoi vous avez postulé?

J'ai fait la formation comme policier en 2005, j'ai travaillé comme agent à la police mobile, et c'est un travail qui m'a beaucoup plu. La police, c'est quelque chose qui m'a vraiment donné beaucoup. Dans le cœur, je suis toujours resté un peu policier. J'ai quitté la police pour aller travailler à la maison, et quand le poste de commandant est devenu libre, pour moi c'était clair que j'allais au moins essayer de l'obtenir.

Vous en aviez marre d'être préfet du Lac?

Non, pas du tout, au contraire. J'aime bien la profession de préfet. Je pense que ça va aussi être difficile de partir fin 2026. Mais c'est un poste de commandant qui ne va pas se libérer tous les deux ou trois ans. J'ai dû faire un choix, si je voulais tenter cette chance ou pas. Après beaucoup de discussions, je me suis dit: j'essaye.

Quelles compétences vous avez développées à la tête de la préfecture du lac qui vous seront utiles à la tête de la police cantonale?

Je pense déjà qu'on est dans le contexte étatique, avec tout le contact avec les différents services, le contact avec le Conseil d'Etat. Comme préfet, nous avons déjà un contact assez direct avec le Conseil d'Etat pour toutes les différentes tâches. Après, bien sûr, tout le contact avec la population, l'aspect sécuritaire qu'on a déjà aujourd'hui à la préfecture comme instance pour l'ordre public dans le district. Ce sont des tâches que j'accomplis déjà aujourd'hui et qui vont me servir dans ma nouvelle fonction.

Le gouvernement a dit qu'il avait apprécié votre vision pour les défis sécuritaires du canton. Pour vous, quels sont ces principaux défis?

On le voit, la criminalité devient toujours plus complexe, aussi beaucoup dans le domaine digital — ça demande beaucoup plus de ressources pour traiter ces dossiers. D'un autre côté, on a une population qui demande un certain sentiment de sécurité. Et puis on a des budgets à respecter, des ressources définies par le Parlement. La mission, ce sera vraiment de trouver le bon équilibre entre les ressources à disposition et les attentes de la population, tout en faisant face à la criminalité, surtout dans le domaine digital, mais aussi sur les routes. Je pense que c'est ça le gros défi.

Ça ne vous fait pas peur — le trafic de drogue, l'arrivée du crack, les féminicides, la violence domestique en hausse?

Un défi ne doit pas faire peur. J'ai un grand respect, bien sûr, mais je vois aussi qu'on a aujourd'hui une police cantonale très professionnelle, avec beaucoup de compétences, des gens très compétents. Avec les ressources à disposition, il faudra faire le travail. Oui, j'ai beaucoup de respect, mais peur n'est pas le bon mot.

La police a de la peine à recruter dans tous les cantons. Est-ce que ce métier ne fait plus rêver?

Comme policier, vous voyez la société de vraiment tous ses côtés. Ça peut être difficile pour un jeune : on fait des services de nuit, on travaille le week-end, la vie sociale et familiale n'est pas toujours facile. J'ai vécu ça aussi — vous travaillez souvent à Noël, au Nouvel An, les fêtes, vous êtes en patrouille. Mais ça reste, à mon avis, une profession extraordinaire. Vous avez la chance de voir des choses que vous ne voyez pas normalement, de découvrir une partie de la société que vous ne verriez pas autrement. Pour moi, ça reste une profession de rêve.

Qu'est-ce que vous faisiez à la police entre 2005 et 2011?

Après l'école de police, j'étais à la police mobile à Granges-Paccot. La police mobile, c'est l'unité qui intervient sur tous les appels 117, toutes les urgences. Comme alémanique, j'ai travaillé surtout dans le district de la Singine et la partie alémanique de la ville, mais aussi en Sarine, sur l'autoroute A12 et dans la ville de Fribourg. En plus, j'étais spotter — des agents civils présents lors des matchs à risque, comme les matchs de hockey, pour aller au contact des ultras et des hooligans pour essayer de calmer le jeu. J'étais aussi plongeur de police et membre de la police du lac.

Quand vous allez devenir commandant, c'est quoi la première chose que vous allez faire?

J'ai quitté la police en 2011, ça fait 16 ans. Je pense que ça va être très important pour moi de réapprendre à connaître l'entreprise, à connaître les gens qui travaillent. Il y a une partie que je connais encore, mais beaucoup de monde que je ne connais plus. Les premières semaines, les premiers mois, je veux vraiment redécouvrir toutes les différentes unités, apprendre à connaître leurs défis, pour ensuite pouvoir prendre de bonnes décisions avec toute l'équipe.

Quel sera le style Wieland? Autoritaire? Comment allez-vous vous différencier de Philippe Allain?

Je ne sais pas si je dois me différencier de Philippe Allain. La police cantonale a actuellement un très bon commandant, et si je peux continuer comme ça, je suis très content. Moi, je pense que je suis quelqu'un d'assez direct, j'ai des attentes, je demande du professionnalisme et de la loyauté. Mais les agents peuvent compter sur moi: ils auront un commandant qui sera toujours derrière eux, qui les soutiendra, et qui essaiera vraiment de faire sortir le maximum du potentiel de chacun.

Vous avez aussi géré l'entreprise familiale Wielandbus. Qu'est-ce que vous y avez appris?

C'est une entreprise que j'ai conduite avec mon frère, avec différentes tâches — transport public, scolaire, taxis. On avait beaucoup de monde, des personnes de différentes cultures et différentes langues. Ce que j'ai surtout appris, c'est vraiment la conduite d'équipes diverses. Pouvoir conduire du monde, je pense que c'est ça l'essentiel.

Vous êtes aussi étudiant: CAS en Management, Master en droit, et vous allez bientôt défendre votre thèse sur le droit policier suisse. C'est pour bientôt?

Je ne sais pas encore exactement quand la défense va avoir lieu, mais je pense que ça va être dans les prochains mois. J'ai commencé en 2015, à côté du travail, les études en droit à l'Université de Fribourg. J'ai fait le Bachelor, puis le Master. En 2020, quand j'ai terminé mon Master, j'ai voulu faire encore quelque chose de plus. Lors de mes études, j'ai découvert que j'aimais bien écrire. Je me suis dit: pourquoi pas écrire une thèse sur un thème qui m'intéresse beaucoup — le droit policier suisse, surtout les mesures préventives de police. C'est-à-dire: comment la police traite des personnes potentiellement dangereuses, mais qui n'ont encore rien fait. Je trouve que c'est une question très intéressante dans notre société, qui a une grande demande en matière de sécurité. Quand quelqu'un a fait quelque chose, c'est plus facile. Mais quand on soupçonne un risque potentiel, comment l'Etat traite ces personnes — c'est ça le sujet de ma thèse.

Dernière question: quelles compétences doit avoir un bon commandant de police?

La police cantonale, c'est une grande entreprise, plus de 800 personnes, un gros budget. Il faut certaines compétences en management. Bien sûr, on doit connaître le travail de policier, parce que c'est une profession très spécifique. Et puis il faut pouvoir prendre des décisions — le commandant a des compétences assez lourdes que lui donne la loi. Il faut pouvoir décider, garder la tête froide dans des situations difficiles. Je pense que ce sont les atouts essentiels.

RadioFr. - Karin Baumgartner / Adaptation web: Nathan Clément
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