Canicule: une vague exceptionnelle par sa durée

Cette semaine sera encore marquée par une chaleur intense. Selon MétéoSuisse, cette vague pourrait battre un record de durée pour un mois de juin.

Le degré canicule maximal concerne plusieurs régions en Suisse romande. © MétéoSuisse

Les températures dépassent les 30 degrés depuis plusieurs jours et les nuits restent étouffantes dans de nombreuses régions du pays. Alors que plusieurs secteurs de Suisse romande ont basculé en alerte maximale, les prévisionnistes de MétéoSuisse surveillent un épisode qui pourrait battre un record de durée pour un mois de juin. Explications avec le météorologue Lionel Peyraud.

Une canicule exceptionnelle par sa durée

Si les canicules les plus marquantes surviennent généralement en juillet ou en août, celle que connaît actuellement la Suisse se distingue avant tout par sa longueur.

"On s'achemine vers une canicule probablement autour de 14 jours, voire un peu plus", explique Lionel Peyraud.

Selon le météorologue, l'épisode pourrait devenir la plus longue canicule observée en Suisse durant un mois de juin. La canicule de juin 2003 reste une référence en matière de températures extrêmes, avec notamment 30 jours consécutifs au-dessus de 25 degrés à Genève et plusieurs journées dépassant les 35 degrés. L'épisode actuel semble toutefois davantage appelé à marquer les esprits par sa durée exceptionnelle que par ses records absolus de chaleur.

Pourquoi fait-il aussi chaud?

La situation s'explique par la présence d'un vaste système de hautes pressions subtropicales remontant depuis l'Afrique du Nord et l'Atlantique.

Ce phénomène, souvent appelé dôme de chaleur, agit comme un couvercle sur l'atmosphère. Il favorise l'accumulation d'air chaud tout en bloquant l'arrivée de perturbations plus fraîches.

"Plus ces hautes pressions sont vastes, intenses et ancrées longtemps, plus les canicules peuvent durer", résume Lionel Peyraud.

Selon lui, cet anticyclone particulièrement tenace pourrait encore influencer la météo suisse pendant au moins une semaine.

Pourquoi certaines régions sont-elles en alerte maximale?

MétéoSuisse a relevé lundi midi le niveau de danger canicule à 4 — le niveau maximal de son système d'alerte — dans plusieurs régions de Suisse romande. Les Trois-Lacs, la Plaine de l'Orbe, le Valais central et l'Arc lémanique ont rejoint le nord-ouest du pays, déjà placé en degré 4 depuis dimanche.

Cette différence s'explique principalement par les températures nocturnes. Dans les régions proches des grands lacs ou du Valais central, les minimales peinent à descendre sous les 20 degrés. Ces nuits tropicales empêchent le corps de récupérer correctement et rendent les épisodes de chaleur beaucoup plus éprouvants.

Le canton de Fribourg reste pour sa part en degré 3, tout comme les secteurs situés au-dessus de 600 à 800 mètres d'altitude, où les seuils de canicule sont moins fréquemment atteints.

En ville, la situation peut être encore plus difficile. Dans les îlots de chaleur urbains, les températures ressenties dépassent parfois de 3 à 5 degrés celles mesurées dans les stations météorologiques.

Quand la situation pourrait-elle s'améliorer ?

L'alerte actuelle court officiellement jusqu'à samedi. Une prolongation jusqu'à lundi apparaît toutefois probable.

Au-delà, l'incertitude augmente. Un front froid pourrait parvenir sur la Suisse entre lundi et mardi prochain. Les modèles météorologiques peinent toutefois encore à déterminer sa trajectoire exacte.

S'il traverse effectivement le pays, les températures pourraient connaître une baisse sensible. Dans le cas contraire, la canicule pourrait se prolonger davantage.

La montagne offre-t-elle vraiment un refuge ?

Face à la chaleur, de nombreux habitants cherchent un peu de fraîcheur en altitude.

Même en montagne, les températures restent élevées. À 1500 mètres, les maximales devraient osciller entre 25 et 27 degrés ces prochains jours. Autour de 1000 mètres, des pointes proches de 30 degrés restent possibles dans certaines régions du Jura et des Préalpes.

La différence réside surtout dans les températures nocturnes, qui restent plus basses qu'en plaine. Les seuils officiels de canicule ne sont ainsi généralement pas atteints dans les zones situées au-dessus de 600 à 800 mètres.

El Niño joue-t-il un rôle?

Le phénomène El Niño est souvent évoqué lors des épisodes météorologiques extrêmes. Pourtant, son influence sur la météo européenne reste limitée.

Ce phénomène climatique naturel se développe dans l'océan Pacifique équatorial lorsque les eaux de surface deviennent anormalement chaudes sur une vaste zone. Ce réchauffement modifie les échanges entre l'océan et l'atmosphère et influence les régimes météorologiques à l'échelle mondiale.

Ses conséquences sont particulièrement visibles autour du Pacifique. Certaines régions d'Amérique du Sud connaissent davantage de précipitations et d'inondations, tandis que l'Australie ou certaines parties de l'Asie du Sud-Est peuvent subir des épisodes de sécheresse plus marqués.

En Europe, les liens sont beaucoup moins directs. "Ce n'est pas systématique que parce qu'on a un El Niño dans le Pacifique que l'été sera plus chaud que la norme en Europe", rappelle Lionel Peyraud. La canicule actuelle s'explique avant tout par la persistance du puissant anticyclone subtropical installé sur l'Europe occidentale.

Frapp - Alexia Nichele
...