La bataille de Morat, "un moment fondateur pour la Suisse"

Morat a fêté les 550 ans de sa bataille ce week-end. Retour sur les commémorations avec Denis Decrausaz, historien et directeur du Musée de Morat. Interview.

Le Conseiller Fédéral Martin Pfister et Pierre-André Page, Président du Conseil national étaient présents. © La Télé

Quelque 5000 personnes ont participé samedi aux festivités du 550e anniversaire de la bataille de Morat. Les éclairages de Denis Decrausaz, historien et directeur du Musée de Morat, pour comprendre la portée historique de cet événement et la place qu'il occupe encore dans les mémoires collective.

La Télé: A quoi ça sert de célébrer encore cet anniversaire aujourd'hui?

Denis Decrausaz: Alors c'est vrai que ça s'inscrit dans une longue tradition de commémoration. Le premier grand jubilé est organisé en 1876 et on a pris dès lors l'habitude, chaque 50 ans, d'organiser un grand jubilé qui nous invite à nous replonger dans l'histoire nationale et à questionner notre rapport au passé. Et c'est ce qu'on a fait notamment ce week-end.

Qu'est-ce qui a changé entre les festivités de l'époque de 1876 à aujourd'hui?

Alors il y a vraiment des époques très différentes. C'est l'ère du temps qui a changé. En 1876, on est peu après la fondation de la Suisse (1848). On a besoin de raconter une histoire nationale, on a besoin d'avoir une identité nationale. On sort du Sonderbund qui est un peu la guerre civile en 1847 où on a failli faire éclater l'ancienne Confédération.

En 1926, on est en plein entre-deux-guerres. En 1976, c'est post-68 avec une toute autre perception du passé militaire. Et aujourd'hui, on voit que l'actualité revient. Les questions militaires, des conflits armés s'invitent à nouveau dans les discussions politiques. Et donc c'était important de se replonger dans ce passé.

Qu'est-ce que représente encore aujourd'hui la bataille de Morat pour les jeunes?

C'est très difficile en fait. On voit qu'il y a un rapport qui est un peu ambivalent à géométrie très variable. Plus on se rapproche de Morat, plus les élèves ont conscience de ce passé et plus on s'en éloigne, moins on connaît ces guerres de Bourgogne.

C'est vrai que ces guerres de Bourgogne, dont la bataille de Morat, ça remonte à la fin du 15e siècle. Donc c'est quelque chose qui est très lointain et en même temps, c'est un moment fondateur pour la Suisse. Et c'est vrai qu'à ces moments de jubilé, notamment le 22 juin, dans le canton de Fribourg, cette actualité refait surface, ce passé refait surface.

5000 personnes étaient présentes, dont le Conseiller fédéral Martin Pfister. À quel point c'est important pour vous de voir un Conseiller fédéral présent à ces festivités?

Ça montre l'importance que revêt encore cette histoire aux yeux du Conseil fédéral et de l'ensemble des autorités politiques. Ce qui était particulièrement saillant au moment de l'acte officiel le 20 juin, c'est qu'il y a non seulement eu le Conseiller fédéral, les autorités cantonales, communales, mais il y a eu aussi nombre de cantons et de villes qui ont été invitées.

Ils font partie historiquement de la bataille, ils faisaient partie de ces soldats, de ces troupes qui sont venus porter secours aux Confédérés et ils ont pris part à ces festivités.

En 1976, c'était le Conseil fédéral in corpore qui était venu. Ça vous marque?

On voit bien que 2026 est aussi marqué par l'ère du temps. On voit que la question notamment de la guerre a occasionné pas mal de réflexions: Est-ce qu'on peut célébrer la guerre?

Vous vouliez mettre en avant la paix. C'est paradoxal, quand on parle d'une bataille où il y a eu plus de 10 000 morts?

C'était justement le message: la paix. Il y a eu cette white party qui fait écho aussi à la solennité, donc un message positif pour la jeunesse. Et en même temps, je pense qu'une des idées fortes qui est ressortie, c'était la coopération, la collaboration.

Finalement, ces festivités de 2026, ont été portées par les communes de Grandson et de Morat. Avant, dans les autres jubilés, c'était toujours la Confédération ou le canton. Là on était au plus proche des lieux chargés d'histoire et ça a permis de réunir les autorités politiques, les acteurs et actrices touristiques et culturelles. On a créé des ponts transcantonaux avec des relations qui, on l'espère, seront durables. Et vous voyez qu'il y a eu une approche totalement différente.

Aujourd'hui, on parle beaucoup de mutualisation des ressources humaines ou financières, on parle de durabilité, on parle de toutes ces notions-là. Elles ont été au cœur de ces festivités.

La Télé - Rédaction / Adaptation web: Yann Roulin
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