Aux Etats-Unis, peu de répercussions de l'affaire Epstein
En Europe, des personnalités doivent répondre de leurs relations avec le criminel sexuel Jeffrey Epstein. Au Etats-Unis, ce n'est pas le cas.

L'arrestation de l'ex-prince britannique Andrew a mis en évidence le contraste frappant entre l'Europe, où des personnalités influentes doivent répondre de leurs relations avec le criminel sexuel Jeffrey Epstein, et les États-Unis, où les répercussions ont été limitées.
Seule Ghislaine Maxwell, l'ancienne compagne et complice de Jeffrey Epstein, a été arrêtée et condamnée pour ses liens avec le criminel sexuel. Elle purge actuellement une peine de 20 ans de prison après avoir été reconnue coupable en 2021 d'avoir fourni des mineures au riche financier, décédé dans une cellule de prison new-yorkaise en 2019 avant son procès pour trafic sexuel.
Jeffrey Epstein cultivait un vaste réseau composé de politiciens, de chefs d'entreprise, d'universitaires et de célébrités, à qui l'on a reproché de l'avoir fréquenté.
Plusieurs personnalités américaines de premier plan, de l'ancien président américain Bill Clinton au fondateur de Microsoft Bill Gates, ont notamment vu leur réputation ternie par leur amitié avec le New-Yorkais, sans pour autant subir de conséquences juridiques.
"Un pays d'exceptions"
Et cela ne devrait pas changer. "En juillet, le département de la justice a déclaré que nous avions examiné le dossier Epstein et qu'il n'y avait rien qui nous permette de poursuivre qui que ce soit", a assuré le numéro deux du ministère, Todd Blanche à CNN. "Nous en resterons là concernant ce que nous avons vu et publié", a ajouté l'ancien avocat personnel du président américain Donald Trump.
Cette justification n'a pas donné satisfaction à un grand nombre de législateurs américains, tant démocrates que républicains, qui accusent le ministère de la Justice de traîner des pieds. "Le Royaume-Uni a officiellement fait plus pour poursuivre les prédateurs d'Epstein que notre propre gouvernement. C'est honteux", a écrit la représentante républicaine de Caroline du Sud Nancy Mace, sur le réseau social X.
"Un pays qui permet aux puissants d'échapper à la justice n'est pas un Etat de droit", a-t-elle ajouté. "C'est un pays d'exceptions. Et les exceptions semblent toujours s'appliquer aux mêmes personnes".
"Une opération de camouflage"
Un autre législateur républicain, Thomas Massie, du Kentucky, s'est félicité de l'arrestation de l'ex-prince Andrew, mais a affirmé "avoir besoin que justice soit faite aux Etats-Unis".
Le sénateur démocrate d'Arizona Ruben Gallego a blâmé Donald Trump, ancien ami de Jeffrey Epstein avec qui il partageait de nombreux cercles sociaux, pour le manque de transparence autour de l'affaire aux Etats-Unis.
"Partout dans le monde, les pays demandent des comptes aux proches d'Epstein", a-t-il écrit sur X. "Ce n'est pas le cas aux États-Unis, car nous avons un protecteur de pédophiles à la Maison-Blanche qui organise une opération de camouflage gouvernementale pour lui et ses amis".
Donald Trump, qui n'a jamais été accusé d'actes criminels en rapport avec l'ancien financier, a tenté en vain d'empêcher la publication des documents, suscitant l'incompréhension de nombreux partisans de son mouvement "MAGA".
Interrogé jeudi par des journalistes sur la question de savoir si des proches américains de Jeffrey Epstein "finiraient menottés", le président républicain a réitéré avoir été personnellement "totalement blanchi". Il a aussi qualifié l'arrestation de l'ex-prince Andrew de "très triste".
Vague de démissions
Selon un sondage Reuters/Ipsos publié cette semaine, 53% des Américains interrogés affirment que l'affaire Epstein a "réduit leur confiance dans les dirigeants politiques et économiques du pays".
Selon le sondage, 69% des personnes interrogées ont déclaré que le dossier Epstein montre que "les personnes influentes aux États-Unis sont rarement tenues responsables de leurs actes".
Si Ghislaine Maxwell a été la seule à être poursuivie en justice, plusieurs Américains haut placés ont démissionné, comme Larry Summers, secrétaire au trésor sous Bill Clinton, et le milliardaire Thomas Pritzker, dirigeant du groupe hôtelier Hyatt. La directrice juridique de Goldman Sachs, Kathryn Ruemmler, a également quitté son poste.
La simple mention du nom d'une personne dans le dossier Epstein ne suppose aucun acte répréhensible a priori de cette personne. Mais les documents rendus publics montrent des liens entre le criminel sexuel Jeffrey Epstein ou son entourage et certaines personnalités qui ont souvent minimisé, voire nié, l'existence de tels rapports.


