Artemis II: "Un exploit humain hors du commun"

Le programme Artemis prépare l’installation de colonies lunaires permanentes. La société Venturi Space, basée à Corminboeuf, participe à cette aventure. Interview.

Photo de la lune prise par les astronautes de la mission Artemis II. © Keystone/NASA/Venturi Space

L'expédition Artemis II a envoyé des humains autour de la Lune. Jamais des astronautes ne s'étaient autant éloignés de la Terre, et cette mission n'est que la première étape d'un projet de la NASA qui souhaite installer des bases habitées sur le satellite naturel.

D'ici la fin de cette année, l'agence spatiale américaine compte encore envoyer un rover sur la Lune, dont plusieurs pièces sont développées à Corminboeuf, par la filiale Venturi Lab. Le physicien Antonio Delfino est le directeur, CEO et cofondateur de l'entreprise. Il revient sur l'exploit de ces derniers jours.

Radio Fribourg : Vous avez appris dans la nuit la réussite de la mission Artemis II. Quelle a été votre première réaction?

Le retour de l'homme, pas encore sur la surface lunaire, mais proche de la Lune, signifie que nos activités concernant la mobilité lunaire vont prendre un envol exponentiel, ce qui est une excellente nouvelle pour nos activités. Et puis, en prenant du recul, je pense à Magellan. J'adore ce qu'il a fait par le passé en partant avec ses bateaux un peu dans l'inconnu. Alors là, nous ne sommes pas tout à fait dans l'inconnu, mais c'est tout de même un exploit humain hors du commun.

Les astronautes n'ont pas encore aluni, mais c'est bien l'idée d'ici quelques années. De quelle manière cette mission-là influence-t-elle votre travail au sein de la société Venturi?

Plus que la mission en elle-même, c'est l'ensemble du programme Artemis. Il veut remettre des astronautes sur la Lune – comme à l'époque d'Apollo – mais aller beaucoup plus loin. Qu'est-ce que cela signifie ? Installer des bases pour avoir des hommes en permanence sur la Lune. On peut faire une analogie avec la Station spatiale internationale, où il y a eu en alternance des astronautes de différents pays. Il faut imaginer la même chose, mais sur notre satellite. C'est beaucoup plus difficile et beaucoup plus distant. Et cela permettra aussi d'exploiter la Lune.

Justement, pourquoi envoyer des hommes, des véhicules sur la Lune? Qu'est-ce qu'on y cherche?

Il y a beaucoup de ressources qu'on n'a pas sur Terre. Une de celles-ci, que j'aime beaucoup mettre en avant et qui pourrait résoudre une fois pour tous les problèmes d'énergie sur Terre, c'est l'hélium 3. Il s'agit d'un isotope très utile pour les centrales thermonucléaires de deuxième génération, qu'il ne faut pas confondre avec les centrales nucléaires actuelles. C'est une énergie propre, faite à partir d'éléments légers.

Mais il s'avère que cet hélium 3, il n'y en a pas sur Terre, à cause de l'atmosphère. Les vents solaires stockent par contre cet élément dans les poussières lunaires. Avoir une présence en permanence sur la Lune avec des bases, des astronautes et des moyens industriels pour l'exploiter, nous permettrait de le ramener sur Terre et d'alimenter nos centrales pour une énergie quasiment infinie.

Justement, on imagine que les défis techniques sont nombreux, parce qu'il n'y a pas d'atmosphère. Alors, quels sont ces défis liés à l'astro-mobilité sur la Lune?

Les défis sont énormes. L'environnement lunaire est très néfaste. Je cite les radiations: elles sont très percutantes, venues du fin fond du cosmos comme du Soleil. Il faut que les différents organes d'un rover lunaire résistent à ces radiations. L'autre caractéristique, ce sont des changements de température énormes: environ 370 degrés de variation. Les organes de l'astro-mobile, les combinaisons des astronautes, les éléments des bases lunaires doivent tous supporter et endurer cet environnement difficile.

Et vous, concrètement, quel rôle allez-vous jouer dans ce programme Artemis?

Nous avons quatre missions lunaires au total. Le rover 100% européen, Mona Luna, devrait voler d'ici 2030. Mais avant cela, nous avons trois autres expéditions: Flip d'ici à la fin de cette année, Flex en 2027, et nous pensons avoir aussi la mission LTV (Lunar Terrain Vehicle) de la NASA qui transportera des astronautes sur la Lune. Tous ces rovers utilisent des roues, des batteries, des suspensions, des éléments de châssis que nous développons chez Venturi. L'idée est de fabriquer une astro-mobile qui ressemble à ce qu'on pourrait voir sur nos routes, mais qui doit résister aux conditions extrêmes de la Lune.

Le rover Flip, dont les roues bien visibles sur cette image ont été développées à Corminboeuf. Source: Venturi Space
Frapp / RadioFr. - Karin Baumgartner / Mattia Pillonel
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